Donnerstag, 5. Februar 2009

La nourriture, l'équipement et le bât de l'âne

Un âne, contrairement à un cheval, peut très bien ne se nourrir que de l'herbe du chemin. C'est un animal très rustique, qui mange à peu près n'importe quoi. Son plus grand bonheur est de passer l'étape dans un champ où fleurissent les chardons, la ronce et l'epine noire. Si les haies contiennent quelque verdure, comme des cornes, frênes ou noisetiers, ce sera pour lui un vrai gueuleton. A défaut, il broutera du chêne, du hêtre, voire du platane ou de la bruyere. Et ne dégaignera pas la racine de chiendent et les herbes mortes... On peut, de temps en temps, pour lui faire plaisir, lui offrir un petit litre d'avoine et quelques sucres. Et les enfants se font toujours un plaisir de le gaver de pommes, de carottes et de pain dur.
Le harnachement de l'âne se compose de deux éléments, le bât et le licol:
Le licol est une pièce de cuir qui passe autour du museau, du cou et des oreilles. Un anneau est fixé sous cette pièce, où s'attache la longe. Mon licol est en réalité un licol-bride, fabriqué par un bourrelier local. En effet, deux petits mousquetons sont fixés, au niveau de la commissure des lèvres, dans lequel je peux accrocher un mors si l'animal se montre difficile à diriger dans des circonstances partiqulières, telle la traversée d'une ville.
le licol = das Halfter
le cuir = das Leder
museau = das Maul
le cou = der Hals
l'anneau (m) = der Ring
s'attacher = jmdn. für sich gewinnen, haften
s'attacher à qn sich an etw. binden
bride
mousqueton = der Karabiner, Karabinerhaken
commissure = die Kommissur
commissure des lèvres = Mundwinkel
lequel, laquelle = welcher welche welches
accrocher, = anfahren
accrocher à qc = an etw. festmachen
le mors Gebiss
se montrer = sich lassen, sich blicken lassen

Partie la plus importante de l'équipement: le bât. Il n'est pas nécessaire qu'il soit trop costaud, car les affaires que j'emmène ne sont pas assez lourdes ou volumineuses pour justifier un équipement militaire capable de porter un canon de montagne au sommet du Mont Cervin. Guy Bonhoure, mon initiateur en randonnée asine, m'a prête le sien, dont il n'avait pas l'utilité cette année 1993, et j'en profite ici pour le remecier encore. C'est un bât très léger, en résine synthétique, pesant environ trois kilogrammes.
Pour le mettre en place, on pose d'abord sur le dos de l'âne une couverture, puis une pièce de feutre épais, et enfin le bât lui-même. Celui-ci est amarré par deux courroies pasant sous le ventre de l'animal, appelées "sous-ventrières". Une troisième courroie, appelée "bricole", va sur l'avant du poitrail, et une quatrième, nommée "avaloire", fait le tour de la croupe. La courroie du portrail retient le chargement si le sentier monte, et la couroie de croupe l'empêche de glisser si le sentier descend. Une fois le harnachement ficé sur la bête, on accroche les sacoches, et on marche....
Il ne faut pas que les bagages dépassent trop latéralement. Chacun le sait, les abords d'un chemin sont pleins de pièges pour tout sac quel qu'il soit: rochers, branches, ronces, lianes. Et plus les poches sont collées contre les flancs de l'âne, plus l'équipage est étroit, moins le vaisseau à quattre pattes frottera sur les obstacles. Le sac qui heurte brusquement une roche, même à la vitesse d'un âne au pas, peut faire perdre l'équilibre à l'animal. En montagne, la bête peut alors basculer dans le ravin.
Certains voyageurs ont utilisé comme contenant des caisses en bois. J'ai éliminé cette solution, parce qu'une caisse, c'est pointu, carré, rigide, ça casse et ne plie point. J'ai préféré faire confectionner par un maître-voilier deux solides sacoches en toile a voile, assez rigides pour ne pas s'écraser, assez souples pour ployer en cas d'obstacle. De plus, une poche de tissu plastique épais, dotée de grands rabats est complètement étanche à pluie, alors qu'une caisse légèrement fendue, même bien fermée, se transforme en piscine à la première ondée...
Ces deux sacoches contiennent ce qu'on met normalement dans un sac à dos: linge, nourriture, etc.... Mais attention, ces objets ne sont pas entassés stupidement. Chaque catégorie est soigneusement enroulée dans un sac-poubelle bien épais, afin que le contenu reste sec même si la sacoche partait au fil de l'eau.
En plus des deux sacoches, j'installe sur le sommet du bât un sac marin en toile forte. Dans ce sac, totalement étanche, est entassé sans repassage le matériel de nuit: la tente, le duvet, le pyjama et les peaux de mouton. Plus à l'arrière du bât pendant deux poches "techniques", confectionnées dans les jambes d'un vieux pantalon. La première contient l'outillage nécessaire à un tel périple: pince, étrille, brosse, cure-sabots, chaîne et piquet. La deuxième contient une provision de grain pour quelques jours.
Il est important que le chargement soit bien équilibré, afin d'éviter à l'âne tout effort inutile. Les sacoches doivent être d'un poids quasiment égal, sinon, la plus lourde va glisser vers le sol, et l'ensemble du chargement se retrouver sous le ventre de la bête. Dans mon cas elles sont systématiquement de poids différents, car les courses a l'épicerie donnent à la sacoche de nourriture trois bons kilos supplémentaires. Le sac marin qui trône au chef du chargement me sert de masse d'équilibrage. Les premiers jours, je mettrai plusieurs heures avant d'obtenir un chargement bien droit. Puis, l'habitude aidant, la position du sac sera dès le matin la bonne, plus ou moins vers la gauche ou vers la droite selon le poids respectif des deux sacoches.
Il faut noter ici qu'un âne est capable de porter charges énormes, qui feraient frémir un ami des animaux ignorant les pissibilités de l'animal. Certaines bêtes descendaient autrefois des alpages avec plus de 100 kilos de fromage sur le dos. Dans les mairais salants de nos régions, les ânes portaient il y a très peu de temps entre 100 et 200 kilos de sel sur les reins. Aussi, les 45 kilos que véhicule mon âne ne sont pour lui qu'une plume, que sa puissante musculature supporte sans effort. Ce qui n'empêchera pas les gens tout au long du chemin de le trouver très chargé, et de plaindre cette pauvre petite bête d'avoir un si méchant maître....
Dernier équipement: le piquet de nuit. En effet, le soir, il existe deux possibilités pour que la bourrique passe la nuit:
Premier choix: l'agriculteur voisin accepte d'ouvrir une barrière et de laisser l'âne brouter dans son pré. Pas de problème dans ce cas, puisque la clôture empêche la bête d'aller divaguer et retrouver des copains qu'il a entendu braire un peu plus loin.
Deuxième possibilité: la halte du soir se fait dans un endroit perdu, loin de tout, et il n'est pas question de laisser mon bourricot se promener librement sur les 40.000 hectares qui entourent mon campement.
Je transporte pour cette dernière éventualité un accastillage fait d'un solide piquet de métal, en forme de tire-bouchon, qui pénètre dans tous les sols, même les plus caillouteux. En haut de ce piquet se trouve un anneau tourant librement. Ainsi, la chaîne ne peut s'enrouler autour du morceau de piquet dépassant du sol, chose qui arrive habituellement lorsque l'animal est attaché à un arbre, et prend son plaisir à tourner autour.
A cet anneau est accroché un mousqueton-émerillon, puis la chaîne prise sur l'anneau du licol. Ainsi, quelles que soient les figures de gymnastique que va inventer l'âne pendant la nuit, il ne peut faire de noeds à sa chaîne. La longeueur de cette chaîne est de huit mètres, en telle sorte qu'il peut librement brouter sur une surface de 200 mètres carrés.
Petit détail: mon âne est assuré... Il paraît un peu stupide de se préocuper de tels détails lorsqu'on part pour une expédition chercher un peu de liberté et fuir les contraintes de la vie quotidienne. Mais on doit cependant rester prudent, car un âne, aussi doux soit-il, reste un animal, et peut avoir des réactions surprenantes.
Un enfant l'effraie et reçoit un coup de sabot, la bête fait un écart et renverse une bicyclette, elle broute les cent géraniums rarrissimes d'Abyssinie de Madame Grinderche pendant que son maître est à l'épicerie, etc... Pour tous ces incidents qui engagent la responsabilité civile du propriétaire, la bourrique est assurée au même titre qu'un animal domestique comme le chien ou le chat.

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