Mittwoch, 4. Februar 2009
Woche 1: 26. April
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Le programme est simple: je marche plein sud-ouest, en suivant les marques du sentier GR 65. La ville est rapidement quittée. Ferdinand trotte impassible sous l'averse, et va subir en quelques heures toutes les choses qu'un âne abhorre: le vent, la pluie, les flaques d'eau, les torrents. Quand nous arrivons sur un obstacle, je paye de ma personne en avançant à reculons, pour lui montrer l'absence de danger. Il passe chaque fois prudemment, sans faire trop de fifficultés.
Cependant, l'épreuve se corse pour lui et moi lorsque se présente en travers du chemin un arbre déraciné par la tempête. Le tronc étant trop gros pour que Ferdinand puisse passer par dessus, la seule solution est de franchir la murette de pierres et d'emprunter le champ voisin. Oui, mais voilà... avec ce météo, un champ auvergnant tient plus de la rizière que de la pelouse. Ferdinand et moi pataugeons dans trente centimètres de boue. C'est éreintant, et je me sens devenir ver de terre...
Ma pauvre bourrique avance péniblement, arrachant une patte après l'autre de cette vase, et me suit, confiante, mais rêvant certainement de son pré à l'assise bien solide dans une terre civilisée. Après une trentaine de mètres de ce diverticule, Fedinand est crotté jusqu'aux genoux et mes chaussures sont enguées dans deux kilos de gadoue. Si mon pantalon était mis au four tel quel, il donnerait deux belles potiches en terre cuite... Et bien me croiez-vous? Au soir, le pantalon et les pattes de mon âne étaient de nouveau entièrement propres. La pluie avait tant suisselé qu'il ne restait plus auxune trace de terre.
Ferdinand a beau avancer stoïquement sous les trombes et piétiner dans les flaques, il me cause cependant quelque souci lorsque le chemin est brusquement coupé par un torrent d'eau glacée dévalant avec force et bruit des champs voisins. Le flot fait à peine une largeur de deux mètres, mais cette eau qui court tétanise ma bourrique. C'est la première épreuve sérieuse de la journée, et je ne dois surtout pas céder, car c'en serait fait de mon autorité. Il faut absolument que Ferdinand franchisse l'obstacle, et s'habitue à marcher dans les torrents. Maiscette afirmation est plus facile à écrire qu'à mette en application...
J'essaye toutes les armes: d'abord la douceur, en lui expliquant calmement la structure moléculaire de l'eau et son innocuité totale pour les sabots d'un âne. Puis ma ruse, en lui passant la longe derrière les pattes arrière, de telle façon qu'il croie que quelqu'un le pousse. Rien n'y fait, Ferdinand reste campé là, les quattre pattes amarrées au sol. De guerre lasse, je m'engage les deux pieds dans le flot, em marche arrière, et lui parle doucement. A ce moment, le miracle se produit: voyant que son maître passe avec de l'eau jusqu'aux mollets, il décide d'essayer, et me suit lentement, en ayant bien soin de goûter au passage de cette eau qui galope si vite. ceci deviendra une constante tout au long du voyage. Il ne franchira jamais un ruissau sans y tremper les lèvres.
Cette première partie de l'après-midi ne me laisse aucun autre souvenir que celui d'un long cheminement au milieu de cet immense lac qu'est devenue l'Auvergne sous la tourmente. Enfin, vers 17 heures, la pluie cesse, remplacée par un vent humide venu de l'ouest, et je peux enlever la cape. Mais il fait froid, et le pull-over de laine, doubl#e d'une moumoute de montagne, couronné d'une épaisse écharpe, n'est pas de trop pour conserver au chaud le pèlerin. Lorsque les mains me suisent trop, je fais à mon âne un petit câlin sur son blanc museau tout chaud, et j'en profite lâchement pour m'y réchauffer les doigts...
Peu après le hameau de Lic, Ferdinand me fait une grève totale de portage. Il refuse tout simplement d'avancer, et se contente de brouter et de boire. Peut-être a-t-il vraiment très faim, peut-être est-il fatigué par ces kilomètres sous l'averse? Lors'il arrête, il soulève légèrement l'un de ses sabots, dont il pose la pointe sur le sol. Inquiet, j'inspecte les pied, et n'y trouve nulle trace de blessure ou d'échauffement. Je saurai un peu plus tard que tout équidé fait la même chose à l'arrêt, afin de reposer alternativement ses quatre pieds. J'ai vraiment encore beaucoup de choses à apprendre sur mon âne...
Devant son refus de faire un pas de plus, je pense tout simplement qu'il en a assez de la journée, et qu'il veut s'arrêter là pour la nuit... Oui mais voilà, nous sommes deux dans l'équipage, et moi, je ne veux pas rester ici, vu que m'attendent à cinq kilomètres un toit et un refuge bien sec. Et nombre de mes affaires sont trempées de par la galopade de Monsieur dans les rues du Puy ce matin. Donc pas question de planter la tente ici. Nous avercerons, dussé-je employer la manière forte. Alors, pour l'obliger à marcher, je finis par lui fouetter vigoureusement la croupe, tout en lui tenant fermement l'encolure.
Ferdinand essaye alors un nouveau truc: le salopard se décale sur la gauche du chemin pour me bloquer le passage, et me coincer dans les ronces et les pierres. je dois donc doser les claques: une claque sur les fesses pour qu'il fasse quelques pas, et un autre claque immédiatement après sur le cou, pour le maintenir au milieu du chemin. Comprenanat qu'il n'aura pas raison, le bougre me fait alors le coup de la tendresse. Il s'arrête, et vient blottir sa grosse tête contre mon ventre...
Alors je cède, et lui fais quelques câlins. Prenant ce geste d'affection pour une marque de faiblesse, il pense avoir gagné, et maintient sa position statique. Comme je ne suis pas décidé à négocier sur ce point, je dous de nouveau empoyer la menace. Et ainsi de suite...
Une fois parvenu sur la petite route qui dessert le hameau de Ramourouscle, il consent enfin à marcher vers l'ouest, mais je dois rester en retrait, près de son arrière train, pour le rappeler à l'ordre lorsque faiblit l'énergie. Il faut dire que je suis fatigué, que j'ai faim, que je n'ai mangé que deux bananes depuis ce matin, et que j'aspire de toutes mes fibres à trouver un petit coin sec dans cet océan de flotte. Alternant la menace et la tendresse, nous mettrons bien deux heures pour effectuer un trajet de cinq kilomètres...
En arrivant au village de Tallade, les nuées se dispersent enfin, et j'aperçois le monts d'Aubrac... tout blancs de neige.. Dans quelques jours, je vais devoir mettre des raquettes à Ferdinand. Le retour de la visibilité m'ouvre les yeux sur le paysage magnifique qui nous entoure. C'est le bocage auvergnat au sortir des mois de neige. Petits champs bordés de murettes et ceinturés de frênes. Les arbres sont nus, car c'est encore l'hiver ici, mais un étrange frémissement laisse présager une explosion rapide des bourgeons.
Régulièrement, tout au long du chemin, sont plantées des croix de granit ou de basalte, témoins anciens du tracé de la voie pèlerine, et les vieilles maisons de pierre noire, couleur de volcan, résistent là, depuis l'éternité, à tout ce que le climat de montagne peut inventer pour chasser les hommes. Hélas, beaucoup de ces belles demeures sont en ruine, et nombre de hameaux n'abritent plus que le souvenir du temps où la montagne vivait.
La fin de la pluie a fait sortir les habitants des demeures. Et chacun considère avec bonhomie notre tandem. Les automobilistes eux-mêmes, lorsqu'ils croisent l'équipage, ralentissent et font un petit signe de la main. Ce sera ainsi tout au long du chemin. Un petit âne sur une route éveille toujours la pitié et la sympathie.
Alors que la nuit enveloppe les montagnes, surgit enfin le village de Montbonnet. Le gîte est là, devant lequel s'étend une petite pâture où ma bourrique va pouvoir brouter tout son saoul. Madame Dumas, prévenue par téléphone ce matin, commençait à s'inquiéter, et pensait que je n'arriverais jamais ce soir jusqu'au hameau. Elle me fait gentilment cadeau de deux oeufs, et les agriculteurs voisins d'un litre de lait.
Le gîte est propre et accueillant, j'y suis seul. On me demande 40 francs pour la nuitée et l'emplacement de l'âne. Après les épreuves de la journée, la douche chaude me réconcilie avec l'humanité marécageuse. A l'intérieur, un gros tas de bois est prêt à brûler pour faire sécher mes hardes. En quelques minutes, la salle s'emplit d'une montagne de choses mouillées, et la flambé crépite. Pris d'un fièvre ménagère, je remets de l'ordre dans le chargement, enveloppe de plastique tout ce qui ne l'était pas, et passe une bonne heure à recoudre les dégâts de la matinée.
Pour la première fois, je prépare la pâtée de mon compagnon: un bol d'avoine, noyée dans un peu d'eau,que je laisse reposer avant de lui offrir. Il prendrea vite l'habitude de me voir arriver, le soir portant à la main cette bassine blanche emplie de grain qui croque si bon sous la dent. Pour l'instant, il n'est que surpris, pais peu à peu, il saluera mon apparition par une chanson de son cru.
Ensuite je dévore mon premier repas de pèlerin-célibataire: saucisson, soupe aux poireaux et aux pommes de terre, yaourt, le tout arrosé d'un demi-litre de lait, et clôture d'une tisane de tilleul bien brûlante. Je découvre à cette occasion une astuce qui va me servir tout au long du voyage: les soupes en sachet qui sont vendues dans le commerce sont prévues pour deux, trous ou quatre personnes. Il suffit donc de mettre moitié d'eau que ce qui est prescrit qur le sachet pour que la soupe, qui était supposée devenir liquide, se transforme en un sympathique brouet consistant et pâteux.
Avant d'aller dormir et de reposer ma carcasse au font du duvet, je réfléchis à cette première journée de route. L'Auvergne, aujourd'hui, était un immense marécage humide, gluant et froid, et tous les chemins transformés en ruisseaux. S'il existe un paradis pour les ânes, Ferdinand aura sa place là-haut, à la droite du boeuf. Il a été courageux, il a surmonté tous les obstacles mis sur sa route, même s'il a fallu le forcer un peu et lui chatouiller quelquefois vigoureusement les fesses. J'espère toutefois que les autres journées seront moins fatigantes, car j'ai mal au dos à force de tirer et pousser la bête.
Mais je m'endors heureux et béat. Après tant de mois d'attente, je suis enfin sur le chemin de Compostelle, et j'ai bien l'intention de le parcourir jusqu'au bout.
Nulle tempête ne saura me démoraliser. Me ralentir, certainement, mais m'arrêter, jamais!
Bonne nuit, mon Ferdinand.
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