Mittwoch, 4. Februar 2009

Le mot de l'âne



Alors voilà, comme on me donne enfin la parole, je vais vous dire ce que j'en pense, moi, de son pèlerinage. J'étais tranquillement en train de brouter, comme tout âne chrétien normalement consitué, lorsqu'il est venu dans mon pré m'arracher à mes touffes d'herbe favorites. Il m'a collé sur le dos un échafaudage plein de sangles et de courroies, un truc qui me serre et m'empêche de respirer. Il m'a chargé comme un bourricot d'avant les camionnettes avec tout en tas de choses dont on n'a pas vraiment besoin pour vivre. Puis il m'a fourgué dans une remorque, et m'a secoué douze heures de suite.
Tout ça pour débarquer dans un pays même pas plat. Et il m'a lancé le seul mot qui aie de l'importance pour lui: "Aie". En langage des hommes, ça veut dire "Avance". C'est la seule chose qui l'intéresse, cet olibrius, d'avancer. Partout autour de moi se languissent de jolis prés remplis de pissenlits, bordés de saules aux bourgeons si tendres. Mais non, il faut toujours avancer, avancer...
Et tenez-vous bien, vous qui aimez les ânes, dites-le autour de vous par où il m'a fait passer. Il est de jolies petites routes confortables qui mènent d'un pré à l'autre. Eh bien non, ça ne l'intéresse pas, Monsieur mon maître ne fait que marcher par des chemins que c'en est pitié de ne pas goudronner tout ça. Des chemins si mal faits que l'eau, cette matière répugnante, y coule comme si elle était chez elle. Moi, âne de bonne famille, il a fallu, pour lui faire plaisir, que je trempe mes beaux sabots dans cette fange.
En plus, il est méchant, ce pèlerin. A chaque fois que j'ai voulu brouter, il m'a faoutu des coups de longe sur la fesse. La liberté de brouter est pourtant la première des libertés à défendre. Et me voilà maintenant bien misérable, dans ce désert glacé. Il y pleut tout le temps, et j'y ai vu peu d'ânes, preuve que ce pays est invivable.
Je sens que j'en ai pour des semaines à le supporter, Monsieur mon maître, avec ses "Aie" et son sale caractère. Enfin, il est gentil un peu quand même... Quelquefois, il me donne des sucres... Si je me débrouille bien, j'arriverai peut-être à en faire un bon ânier avant la fin du voyage...

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