Donnerstag, 5. Februar 2009

Que cherche-t-on au cours d'un tel pèlerinage?

S'il est une question difficile à traiter, c'est bien celle-ci... Dans mon cas, la réponse la plus simple consisterait à dire que, comme ces dizaines de millions de pèlerins qui ont parcouru le chemin depuis douze siècles, j'ai subi l'influence mystérieuse de l'Histoire, de saint Jacques, du vieux chemin celtique, et que j'ai pris la route parce qu'il était écrit dans mon Karma que je devais la prendre. Mais une telle réponse est encore plus compiquée que la question...
Avais-je une Foi profonde, une Dévotion cahée envers ce brave saint Jacques? La vérité m'oblige à dire que non. Si je crois du fond de mes tripes en un en-deça avant la naissance et en un au-delà après la mort, je reste également persuadé que les enseignements de l'Eglise Catholique ne sont qu'un tout petit morceau de la Vérité. Je fais partie de la dernière génération qui a subi, de gré ou de force, les enseignements de la Sainte Eglise, et j'ai ânnonné, comme beaucoup, les strophes du Catéchisme diocésain, jusqu'à ce que l'Autorité estime que j'en savais suffisamment pour être un bon chrétien et déguster la Sainte Hostie...
L'Eglise possède de nombreux et zélès serviteurs, en général fort cultivés. Peut-être qu'un lent cheminement sur la route de Compostelle, peut-être que les bavardages avec certains prêtres, religieux ou ermites, m'apporteront un petit atome de la Clé. Pour le reste, eh bien, on verra ensuite. La vie terrestre est encore longue, et après cette vie, il y a toute l'éternité pour chercher le pourquoi des choses....
Après quarante années de vie sur terre, après vingt années d'une vie professionnelle intense, après quelques soucis familiaux, j'avais envie de faire le point. De faire le tri, de classer les archives dans ma tête, de ressortir les belles choses oubliées sous la graisaille du quotidien, d'enterrer les détails sans importance, de mieux communiquer avec mes semblables, de retrouver un certain sens de l'humain, et de réfléchir pour les années à venir sur l'orientation à donner à ma vie.
Mes grands-pères ayant vécu très vieux, je savais que, statistiquement, il y a avait beaucoup de chance pour que mes semblables aient à me supporter sur terre un certain nombre de décades encore. Alors autant valait vivre au mieux ces années.
Toute personne éprouve à un moment de son existence le besoin de faire le point, de prendre du recul par rapport à la vie quotidienne, de comprendre pourquoi elle est sur terre et quelle est sa place dans la grande roue de l'univers.
Pour découvrir la réponse, il faut tout quitter de l'environnement habituel dans lequel on vit, s'éloigner de la cité, fair retraite. J'ai donc décidé de m'offrir quelques mois sabbatiques pour tirer les leçons du passé et réfléchir sur l'avenir. La randonnée à pied, dans cet esprit, est un merveilleux outil pour déconnecter du monde.
Ayant toujours été un fanatique de la marche, je rêvais depuis longtemps d'effectuer une randonnée au long cours, sur plusieurs semaines. Et joindre les trois choses, c'est-à-dire le temps libre, le besoin de réflexion, et le bonheur de pouvoir marcher, était une chance unique dans ma vie. J'ai saisie, et je suis parti.
Je soupçonnais déjà que ce long voyage ne serait pas le dernier, mais certainement le premier d'une longue série, si toutefois la santé continuait de m'être accordée. Il était donc important de bien le préparer, afin qu'il soit un enseignement pour les futures pérégrinations.
Un voyage est un grand livre ouvert sur les autres. Et ce livre, j'avais très envie de le lire, d'en boire les mots et les images. Il est d'ailleurs assez curieux que le mot "partir", dans un voyage, possède deux significations:
1) Partir pour ailleurs, pour aller voir comment c'est fait.
2)Partir chez soi, que l'on connaît trop bien, ou que l'on croit connaître.
Il est difficile pour un voyageur de faire la différence entre ces deux choix. Le voyage est un itinéraire irréel, à mi-chemin entre un chez-soi que l'on oublie assez vite, et un ailleurs, que l'on découvre peu à peu. C'est une sorte de pont entre deux univers, mais un pont sans extrémité, posé là, au beau milieu d'une rivière, dont les arches s'écrouleraient derrière soi au fur et à mesure qu'on avance, et dont d'autres arches se reformeraient devant soi, repoussant sans cesse la rive, à la manière d'un mirage qui s'éloigne. Ce n'est qu'au dernier moment, lorsque le but final du voyage est proche, que la dernière arche du pont se matérialise, qu'on peut enfin aborder, et que le pont disparaît définitivement derrière soi. mais ce n'est qu'un instant infirme.
L'essentiel du voyage est terminé. Il est désormais entré dans le royaume du souvenir.
Le pèlerinage, comme l'a souligné Jean-Paul II à Compostelle en 1989, symbolise notre propre vie. Il signifie que nous refusons de nous installer, que nous refusons tout ce qui engourdit nos énergies, ce qui étouffe nos questions et ferme notre horizon. Le pèlerinage, c'est se mettre en route en faisant face aux obstacles, à commencer par notre propre faiblesse, et persévérer jusqu'à la fin, jusqu'au Portail de la Gloire.
C'est donc ainsi que je suis parti "en pèlerinage", sur l'antique chemin qui conduit d'Auvergne en Galice.
Les motivations profondes que je traînais avec moi étaient strictement personnelles. Et je sais maintenant qu'on découvre d'autres raisons de partir, plus tard, une fois qu'on chemine vers l'occident.
Beaucoup de gens, rencontrés sur la route, m'ont dit, comme parole d'au-revoir, ces simples mots:
"Priez pour moi à Compostelle".
Plus j'avançais vers la Ville de l'apôtre, et plus j'étais chargé de prières, Ai-je bien rempli cette tâche? Je ne le sais pas. En tous cas, j'ai modestement essayé...

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