A force de chercher la rencontre avec des gens ayant parcouru le chemin de Saint-Jacques, ceci afin de posséder au départ le maximum d'informations, il m'est apparu un phénomène assez intéressant. D'abord beaucoup plus de gens que l'on pense ont effectué le pèlerinage, et souvent des gens qu'on ne soupçonnerait jamais d'avoir les humeurs aussi vagabondes. Et beaucoup d'autres souhaiteraient partir, mais ne le font pas car il s'agit d'un itinéraire long et fatigant.
J'ai reçu de multiples lettres et appels téléphoniques de personnes, souvent à l'aube de la retroite, qui recherchaient un ou plusieurs compagnons pour faire le chemin. Il n'est pas facile de devoir dire non à ces gens qui sont animés d'un tel désir de voyager.
Mais lorsqu'on s'en va pour un périple si long, les contraintes au niveau du temps, de la disponibilité, de l'argent, de la vie familiale, sont telles qu'il est pratiquement impossible de prévoir la route à plusieurs. Tout le monde ne peut pas s'absenter deux mois et demi de son domicile ou de son travail...
Et puis, disons-le aussi avec un certain égoïsme, ce voyage, c'était mon truc. Je ne voulais en décider avec d'autres. ni le détail de l'itinéraire, ni la préparation, ni les haltes. Il m'est arrivé, comme à tout un chacun, de voir l'ambiance d'un voyage gâtee par l'opposition de caractère de plusieurs personnes, qui ne concevaient pas le tracé, les étapes, ou la nourriture, de la même façon. Et plus un voyage sort de l'ordinaire, plus il est difficile de touver le plus grand multiple entre les membres de l'expédition.
Je n'aime pas la solitude, mais j'aime la tranquillité. Et toutes les choses que je souhaitais apprendre nécessitent un certain calme. Il existe un très juste proverbe, certainement chinois ou arabe, qui dit qu'il vaut mieux être ensemble à des milliers de kilomètres l'un de l'autre, que seuls à deux sous le même parasol...
Je pense aussi que les rencontres sont plus faciles lorsqu'on est seul, justement parce qu'on choisit le moment où on souhaite le contact. Je ne parle pas là de rencontres dans les sens grivois du terme, mais simplement du plaisir de partager quelques minutes ou quelques heures avec des personned d'une autre civilisation, d'une autre langue, d'une autre culture, d'un autre métier, pour s'enrichir de la mutuelle différence.
Certains préfèrent s'isoler par petits bouts de temps, en passant chaque soir au café une heure avec les copains ou une heure en tête-à-tête avec un verre vide-plein-vide-plein, ou font partie de multiples associations auxquelles ils consacrent leurs week-ends. J'avoue avoir la préfèrence pour une coupure plus longue.
Comment vais-je réagir à dix semaines de solitude? Je n'en ai aucune idée au départ. Cette question m'angoisse un peu, mais la suite du périple m'apportera bien une réponse. Voilà d'ailleurs une raison de plus pour partir.
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